Martine Séguy Sculpture Bruxelles

Martine Séguy

Manipulant les messages que nous transmet la presse écrite, Martine Séguy nous offre les moyens d’envisager le monde à travers nos propres reconstructions mentales. Son oeuvre joue sur le langage et les médias qui saturent aujourd’hui notre quotidien. Ses « poèmes volumes», tels qu’elle les appelle, exploitent l’actualité de notre époque en la détournant au profit de champs sémantiques neufs et par essence illimités.

Licenciée en sciences politiques de l’Université libre de Bruxelles, Martine Séguy (1966) considère sa démarche artistique comme la prolongation de son activité professionnelle. C’est grâce à son travail de recherche dans la presse écrite belge qu’elle a développé sa faculté d’analyse et qu’elle a aiguisé son regard à traquer les titres. Parcourant les journaux, elle prélève les titres qui l’interpellent et les découpe sous forme de bandelettes. Celles-ci sont d’abord classées et ensuite réagencées selon une thématique spécifique. Elle les colle les unes à côté des autres autour d’une phrase initiatrice qui donne la thématique générale de la composition.

Privés de leur contexte, ces fragments perdent le sens qui leur était initialement dévolu au profit d’autres investigations. Cette seconde existence du texte est non seulement déterminée par les choix d’assemblages dont les bandelettes font l’objet, mais également par la manière dont elles vont être interprétées et réceptionnées. Intégrés dans un ensemble, ces embryons textuels dialoguent entre eux et alimentent les uns après les autres, l’imaginaire du lecteur. De ce noeud sémantique jaillit une multitude de lectures et d’interprétations différentes qui, de titre en titre, font naître l’émotion et le rêve dans l’esprit de chacun.

Proche des surréalistes par certains aspects, Martine Séguy tente de recomposer une nouvelle vision du monde au-delà des principes et conventions établies, un univers où le sens se construit dans la confrontation et la juxtaposition d’éléments a priori antagonistes, mais dont le rapprochement donne lieu à des errances polysémiques et libératrices pour l’esprit. À ce propos, elle déclare: « J’aime les mots. C’est encore ce qu’on a trouvé de mieux pour communiquer. Mais j’aime aussi regarder au-delà des mots, comme ces figures en trois dimensions qui apparaissent lorsque les yeux se fixent plus loin que l’image. Pour les mots, c’est pareil : les idées qu’ils véhiculent génèrent d’autres concepts qui enclenchent le vagabondage tant recherché.»

Les mots s’articulent dans un chaos apparent, bien que scrupuleusement composé par l’artiste qui cherche à provoquer le choc, la surprise dans l’esprit du lecteur. Au fil de sa découverte, il devient acteur dans le processus créatif de l’oeuvre. C’est lui qui reconstruit le sens, qui refaçonne le monde à partir de sa sensibilité, de ses émotions propres. L’oeuvre de Martine Séguy tend à: «Relier les mots, combiner les phrases et les associer, chaque bandelette interagissant avec ses voisines afin que du choc des idées naissent des visions nouvelles.» Plusque la simple beauté, le plaisir visuel, c’est avant tout l’émotion que Martine Séguy tente d’exalter et solliciter à travers ses sculptures de mots.

Le travail de Martine Séguy a été récompensé par le Prix de la Jeune sculpture, en 2002.